01.10.2008
Elle et lui
Lui, c'était un type d'apparence bien. Il était plutôt grand, athlétique, au visage d'éphèbe, mais dont les traits révélaient par moment une certaine dureté. Les jeunes pucelles en voie d'émancipation le considéraient comme un futur mari idéal, les ménopausées comme un gendre idéal, et le troisième âge comme un jeune homme charmant, voire un gigolo de qualité pour les heureuses titulaires d'une retraite confortable.
Elle, c'était une minette de beaux quartiers. Jolie, aux mensurations attirantes, mises en valeur par ces longs cheveux blonds qui tombaient nonchalamment sur ses épaules. Toujours à la pointe de la mode, vêtements de haute couture achetés avenue Montaigne, sorties en boîte rue du Colisée, coiffeur Porte Maillot et lycée privé rue de la Pompe, elle avait tout pour être heureuse.Les freluquets qui révisaient le bac à ses côtés ne l'intéressaient pas, elle comptait taper plus haut. Elle le pouvait, et en avait conscience.
Lui, il était trader. Il aimait les after-works du jeudi, les soirées champagne en discothèque du vendredi, et les grasses matinées du samedi, où il découvrait chaque fois une nouvelle compagne dont il ignorait jusqu'au prénom. Qu'importe, elle disparaissait aussi vite que le rail de coke dont il avait besoin pour sortir de sa torpeur.
Elle en avait marre d'être la fille à papa gâtée, et ressentait un vif désir de liberté. La soif de sensations fortes, la volonté d'indépendance, le desir d'affirmer qu'être toujours mineure ne signifiait pas être encore une enfant. Les publicitaires la fascinaient, à l'instar des stars décadentes d'un show-biz pourri jusqu'à l'os. Elle n'aurait également pas dit non à tous ces brillants étudiants de prestigieuses écoles de commerce, ou encore ces apprentis avocats et leurs cheveux gominés jusqu'à en paraître crasseux. Tout ce qu'elle souhaitait, c'était sentir le fric. Mais pas le fric de papa, chèrement acquis à la suite de dures années de médecine, suivies d'une brillante carrière de neurochirurgien. Non, elle voulait le fric pourri, celui des magouilles, celui qui sent bon le nouveau riche, qui fleure le stupre, celui d'une opulence d'en bas, si caractéristique du Paris d'en haut. Elle voulait s'éclater, faire partie du cercle vicieux de ces gens peu vertueux, où la perversion est un mode de vie.
Lui, il en avait marre des petites secrétaires nymphomanes et assoiffées de promotion canapé. Les filles de son entourage, de trop petite vertu pour que le challenge soit à sa hauteur, commençaient à sévèrement le blaser. Il était en quête de chair fraîche, de poupées innocentes que la vie à pour l'instant épargnée, de jeunes candides qui n'ont pas compris l'engrenage de la débauche, pour qui le cocon familial est une protection, un préservatif contre cette sauvagerie branchée.Il allait leur faire comprendre la réalité, d'une façon peu glorieuse mais jouissive. Il se savait salaud, ça le rendait invulnérable.
Elle l'a vu, elle à craqué. Il l'a vue, il à bandé. Il n'a pas eu d'effort a faire, le triptyque argent-alcool-appartement à fait son oeuvre. Il a passé sa nuit rempli d'une fierté malsaine, mais méritée. Il s'est endormi tard, épuisé et en sueur. Il s'est réveillé tard, également, avec une nouvelle fois un visage à ses côtés, dont il ignorait encore le prénom. Mais cette fois les larmes se mêlaient aux taches de sperme sur ses draps de satin. Il s'est levé, pris son rail en souriant, et lui a demandé de partir.
Elle était devenue facile; il était resté habile.
Xavier Laroche
01:23 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note

Commentaires
" Le plaisir de faire l'amour s'augmente de l'indifférence éprouvée à l'égard du partenaire "...si mes souvenirs sont bon vu le plaisir éprouvé l'indifference était total!!Tu m'aimes toujours?!!
Ecrit par : Léa | 01.10.2008
Merci d'avoir la présence d'esprit de bien vouloir faire attention au nom de l'auteur avant de poster.
Ecrit par : Thibaud Delcourt | 01.10.2008
Ce commentaire s'adressait à toi mon coeur!Toi ô Thibaud qui hantes mes nuits!!
Ecrit par : Léa | 02.10.2008
pauvre Léa, si elle savait...
Ecrit par : tu sais qui | 12.10.2008
Merci d'avoir la franchise de laisser un nom en situation de conflit personnel. Les délateurs et autres corbeaux ne sont pas les bienvenus ici.
Ecrit par : Xavier Laroche | 12.10.2008
Commentaire très pertinent quant on sait qu'il vient d'une fille pour qui la fidélité est inversement proportionnelle à son degrés de nymphomanie.
Mademoiselle "tu sais qui", tu es la pire salope manipulatrice qu'il m'ait été permis de connaître. Pas exceptionnellement jolie, plutôt très commune, la seule chose qui te différencie des autres filles est ta capacité hors du commun au mensonge et à leur mise en scène théâtrale qui permet de les faire gober à n'importe qui.
Ecrit par : Thibaud Delcourt | 13.10.2008
Et de gober n'importe quoi.
Ecrit par : Arlequin | 17.10.2008
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