10.10.2008

La solitude de l'écrivain

Sa pire sensation était celle de se retrouver isolé, coupé d'une réalité trop vile pour lui, sans égal face à un monde en pleine décrépitude. Or il l'était, et pour de bon cette fois. Il avait franchi le point de non-retour. L'écrivain brillant et talentueux se voyait emprunt de cette solitude qui vous place au rang d'observateur de votre vie, de juge de vos actes, de témoin de vos pêchés. Seul, donc, mis de côté par ceux qui l'adulaient.

 

Seul, au milieu d'une foule souvent stressée, parfois orgiaque, toujours mouvante. La ville, tourmentée et bruyante, est aussi l'endroit ou l'extrême solitude est la plus violente. Paris en est la synthèse : ses faubourgs, ses putes, ses pédés, ses bobos rachitiques et ses enrichis hautains. Ca grouille, ça pollue, ça consomme, mais ça ne remplit pas le vide de l'existence. Il ressent toujours cette tristesse environnante, qui fait de la ville-lumière une centrale électrique désaffectée, une amanite qui transforme et détruit tout ceux respirant son air vicié. 

Seul, toujours. Au milieu d'un PMU, sandwich au saucisson et bière pression. Comme une litanie sans fin, l'algorythme d'une subsistance qu'il considère vaine mais qu'il ne veut pas abandonner. Il écrit, frénétiquement, comme un échappatoire à sa conscience douteuse. 

Seul. Dans cette boîte de nuit branchée et assourdissante. Les effluves de sudation mêlées aux parfums de luxe envahissent son oxygène. L'ambiance est irrespirable, tant du point de vue physique que moral. Pourtant, il écrit, et même lorsque ces filles de petite vertu aux attitudes putassières le collent de la plus suggestive des façons, il ne ressent pas la moindre impression d'un quelconque contact humain. Les gens l'insupportent. A juste titre.

Il tente par à-coup de retisser du lien social, mais rien ne suffit. Le consumérisme à atteint son zénith, le verbe est bon pour les pauvres. Pauvres cons, tiens ! Toujours prompts a dégainer leur suffisance, malgré leur inculture crasse, pour prétendre à une fantasmagorique supériorité.

Seul, chez lui. Devant son écran, qui à remplacé le cahier. Merci au monde moderne, aux avancées technologiques. La télévision à supplanté les radotages de la mémé au coin du feu. Les réseaux sociaux et les sites de rencontre sur internet ont suppléer aux veillées campagnardes d'antan, où les cul-terreux se rencontraient d'un village à l'autre et fondaient des familles. Le clavier s'est substitué à la plume. Le virtuel à relevé le réel.

Seul, dans ce siècle où la démence et l'incohérence s'installent de concert pour plonger dans les abysses de la nullité intellectuelle, relationnelle et sentimentale. Naguère, les gens étaient libres individuellement, dans une société contraignante et sclérosée. Une fois la liberté collective gagnée, les frustrations individuelles et l'hypocrisie se sont installées et ont transformé les individus en avortons coincés et livrés à une vie imaginaire. Ca, il ne le supportait pas. Mais il ne pouvait pas refaire le monde. Refaire ce monde.

Seul, toujours. Du berceau au cercueil. Du Paradis à l'Enfer.

 

Xavier Laroche.

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